Dans un monde juridique où prime historiquement la souveraineté nationale en tant que norme cardinale, ce n’est pas peu dire que le concept de « responsabilité de protéger » a fait figure d’OVNI. Comment, en effet, légitimer la protection des populations contre les Etats qui normalement les administrent et au besoin par des interventions militaires ?

Dans la tradition des Que sais-je ? l’auteur trace les origines conceptuelles et historiques du concept, en procédant à un bon équilibrage entre les aspects politico-éthiques et juridiques. Il s’attaque ensuite au processus d’opérationnalisation et de mise en œuvre, complexe et n’évinçant pas les logiques de prévention.

Il ne manque également pas, c’est l’un des points forts de l’ouvrage, de souligner les différences de perception entre les différents acteurs internationaux. Il ne manque également pas de consacrer les dernières pages aux critiques dont à fait l’objet le concept, qu’elles soient politiques – dans tous les sens du terme – ou qu’elles soient liées aux moyens.

Au final, J-B. Jeangène Vilmer nous offre donc un bon état de l’art de la question, équilibré et appuyé par des références. La matière est évidemment un peu aride. Mais, d’une part, sa prise en compte est indispensable pour comprendre les rationalités derrière un certain nombre d’interventions, comme en Libye (qui a failli la discréditer) – ou les non-interventions, comme au Sri Lanka (2009). D’autre part, l’auteur a une écriture précise et évitant les longues digressions auxquelles les juristes peuvent parfois se prêter.