Si les débats autour de la RMA semblent dépassés, il n’est que de voir la rémanence du concept de « transformation » – qui est sa concrétisation dans les armées – ou encore les travaux autour de l’AirSea Battle qui constituent, en quelque sorte, un retour au « business as usual » après les opérations afghanes et irakiennes.

De ce point de vue, si la terminologie a changé, ce dont elle rend compte n’en a pas moins poursuivi son chemin. Aussi, l’ouvrage dirigé par R. Gagnon est-il intéressant à plusieurs égards. Premièrement, par le traitement critique de la question, autant par des chercheurs – et en particulier des doctorants – que par des militaires.

Deuxièmement, par la variété des sujets abordés. En dix chapitres, les co-auteurs reviennent certes sur la genèse de la RMA, son cadrage théorique et, classiquement, sur la guerre de l’information (R. Garon) ou encore, inévitablement, les drones, mais aussi sur des aspects plus spécifiques.

Trois chapitres reviennent ainsi sur la place du soldat, historiquement moins traitée dans la littérature sur la RMA, en s’interrogeant tour à tour sur sa fonction militaire (S. Munger), mais aussi d’un point de vue philosophique/ontologique (C. Pilon) ou encore sur sa place dans la cybersécurité (H. Loiseau).

Sous la plume de S. Jourdain, on note également un chapitre très intéressant sur les aspects liés au leadership, essentiel pour les armées, mais qui tend aussi à avoir été éclipsé par des débats plus marqués par l’efficacité technico-tactique des technologies que par l’efficacité des armées en tant que « systèmes d’hommes ».

Au final, l’ouvrage, s’il peut être marqué par la sémantique parfois excessive – pour ne pas dire inappropriée – des études critiques, offre un regard qui intéressera tous ceux travaillant sur la guerre régulière. De facto, cette « guerre pensée au futur » semble, comme le débat sur la RMA, en disjonction avec les pratiques stratégiques de nos adversaires…