Cet ouvrage est la publication d’une partie d’un projet un peu fou né sur Internet. Cette fiction, qu’on lira comme un roman, n’est pas un récit historique fantaisiste, mais un exercice historique sérieux. Jacques Sapir, entouré d’une équipe de spécialistes internationaux, se lance dans l’aventure de l’« uchronie », un genre littéraire très répandu chez les auteurs anglo-saxons qui repose sur le principe de la réécriture de l’histoire à partir de la modification d’un fait.

Il ne s’agit pas de laisser libre cours à son imagination mais de déterminer un point de divergence, c’est-à-dire un événement, une décision qui aurait changé l’enchaînement des faits. Dans le présent ouvrage, c’est le « sursaut », c’est-à-dire la décision du gouvernement Reynaud de poursuivre la guerre malgré la défaite de la bataille de France en juin 1940 qui marque le début de l’histoire.

À partir de cet événement est élaboré un scénario le plus probable possible en tenant compte des capacités techniques, économiques, militaires des pays en jeu et des comportements connus des acteurs. On apprend donc que l’armée française a continué les combats qu’elle savait perdus, permettant le repli des forces alliées en Afrique du Nord, d’où ils continuent la guerre contre les forces de l’Axe, affaiblies. Le récit s’arrête en décembre 1940, mais la suite des travaux est disponible sur le site Internet http://1940lafrancecontinue.org.

Cet exercice intellectuel, appuyé par des spécialistes de stratégie militaire, est surtout un moyen de reconsidérer les événements autrement que du point de vue de leur fin connue. On s’aperçoit ainsi que l’écrasante blitzkrieg (guerre éclair) et la supériorité militaire de la Wehrmacht relèvent plutôt de la propagande allemande que de la réalité, érigées comme vérité a posteriori pour expliquer la défaite française et justifier la signature de l’armistice. La défaite française n’était pas inéluctable, voilà la grande démonstration de ce livre.